Hanoukkah, 4 Méditations sur la Lumière cachée

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La lumière cachée (Or Ganouz אוֹר גָּנוּז) , est dépeinte par le Zohar comme une clarté enfouie dans les profondeurs de la Torah, disponible seulement à ceux qui la servent avec une pureté de cœur – « בַר-לֵבָב » (Psaume 24:4) – telle qu’un filament de ce rayonnement se déploie d’entre les lettres pour éclairer le monde de l’intérieur : « אוֹר זָרוּעַ לַצַּדִּיק » (Psaume 97:11). Elle n’est en rien une lumière naturelle, mais une source lumineuse souterraine, silencieuse, dont le jaillissement dépend de l’effort de l’homme à percer le voile de la Parole divine inscrite dans la Torah.

Cette notion d’ « Or Ganouz » occupe une place nodale dans la Kabbale et la ‘Hassidout : il s’agit de la lumière divine primordiale, celle du  «  יְהִי אוֹר  »   (Genèse 1:3) – « Fiat lux » –, antérieure au soleil et à la lune créés au quatrième jour (Gn 1:14-16), ayant servi Adam haRishon (Premier Homme) un bref instant de l’histoire cosmique – trente-six heures seulement, avant d’être retirée, dissimulée, réservée aux justes des générations futures « וְאֹרַח צַדִּיקִים, כְּאוֹר נֹגַהּ: הוֹלֵךְ וָאוֹר עַד-נְכוֹן הַיּוֹם » (Proverbes 4:18). Ainsi, la trame du temps se referme sur cette clarté, mais ne l’abolit pas : elle la conserve en réserve, comme une promesse en attente d’accomplissement.

Hanoukkah devient alors bien plus qu’un souvenir historique : les trente-six flammes que l’on allume durant les huit nuits ne se contentent pas de rappeler le miracle de l’huile et la victoire des Cohanim sur l’hellénisme séleucide ; elles rejouent le drame de la Création elle-même. Les trente-six lumières correspondent aux trente-six heures de la lumière originelle : en les allumant, Israël entrouvre à nouveau la fissure par laquelle l’Or Ganouz se déverse dans l’exil« וְהָיָה אוֹר הַלְּבָנָה כְּאוֹר הַחַמָּה »  (Is 30:26). Chaque flamme est un acte de résistance métaphysique : au lieu de se laisser absorber par la nuit, elle témoigne que la nuit elle-même recèle une lumière plus haute que le jour.

Le Zohar, notamment dans Vayakhel, enseigne que cette lumière n’a pas été perdue mais déposée dans la Torah : « הָאוֹר הַגָּנוּז בְּתוֹכָהּ ». Elle est mise en réserve pour chaque génération, activée par l’étude, surtout nocturne – « וּבַלַּיְלָה שִׁירֹה עִמִּי » (Ps 42:9) – lorsque le vacarme du monde se tait et que l’homme peut se tenir seul face au texte.

Dans cette perspective, la Ménorah du Temple – puis, en écho miniature, les lumières de Hanoukkah – ne sont pas des objets cultuels parmi d’autres, mais des espaces réduits de cette lumière cachée. Lorsque le Temple se tient à Jérusalem, la Ménorah devient le projecteur de l’ »Or Ganouz » sur la scène du monde (Isaïe 11 : 19). Après la destruction, il reste à l’homme de recréer ce Temple en réduction, dans sa maison, sur le rebord de sa fenêtre ou près de la porte : chaque hanoukkia est une Ménorah en exil, un laboratoire de Rédemption.

La dissimulation de la lumière dans la Torah a une conséquence décisive : elle fait de l’étude un acte cosmogonique. Étudier, ce n’est pas seulement comprendre ; c’est répéter, à l’échelle de l’âme, le geste du « יְהִי אוֹר ». Chaque immersion dans le texte réactive l’acte de la Genèse, comme si le monde était recréé à chaque instant. L’homme en méditant sur la source biblique participe activement a la Re-Création du monde!

La Rédemption, dès lors, ne s’obtient pas par une irruption miraculeuse mais par la révélation progressive de deux modalités de lumière. La première, l’ « Or Ganouz » (אוֹר גָּנוּז), demeure comme une source enfouie dans la lettre de la Torah : elle demande un travail constant, une fidélité quotidienne – « יוֹמָם וָלַיְלָה » (Psaume 1:2) –, pour qu’un mince rayon parvienne à émerger. La seconde « Or Zarou’a » (אוֹר זָרוּעַ; Psaume 97:11), est une lumière plantée, semée dans la trame du monde et des actes humains : elle croît comme une semence, germe par les mitsvot, par les gestes de justice et de bonté – « זִרְעוּ לָכֶם לִצְדָקָה קִצְרוּ לְפִי-חֶסֶד » (Osée 10:12) –, et finit par illuminer l’exil – non seulement l’exil géopolitique d’Israël, mais l’exil intérieur de l’homme loin de sa propre conscience.

Hanoukkah, dans cette lecture, devient la rencontre de ces deux lumières. L’ « Or Ganouz », dissimulée dans le texte, dans l’histoire, dans le cœur, affleure à travers les flammes ; l’ »Or Zarou’a », déjà semée dans les âmes qui cherchent la vérité, reçoit par ces mêmes flammes l’énergie pour croître et transformer le réel. L’allumage n’est plus un rite répétitif, mais un acte de Tikkoun haOlam : en posant le feu sur la mèche, l’homme consent à ce que la lumière de la Création traverse à nouveau la nuit du monde – et, ce faisant, sa propre nuit accomplissant ainsi la vision prophétique : « La terre sera emplie de la Connaissance de l’Éternel comme les eaux couvrent la mer » (Ésaïe 11:9 ; הָאָרֶץ תִּמָּלֵא מִדַּעַת יְהוָה כַּמַּיִם לַיָּם מְכַסִּים).

  • 4 exercices de Méditation

Exercice 1

Méditation de visualisation

1. Base noire (Assiah : obscurité matérielle)

La zone sombre à la base, près de la mèche, représente le monde physique (Assiah), où la matière absorbe la lumière sans la refléter. C’est l’exil, le « tohu vavohu » (Gn 1:2), où l’Or Ganouz est encore captif : noirceur potentielle attendant l’étincelle.

2. Zone bleu-violette (Yetzirah : formation émotionnelle)

Juste au-dessus, la flamme bleue-violette, froide et formative, évoque Yetzirah. Lumière structurante des émotions (Hessed à Yesod), elle « forme les vaisseaux » (kelim) pour contenir l’Or Zaroua (Ps 97:11). C’est l’effort de germination dans le chaos.

3. Zone jaune-orangée (Beriah : intellect et cœur)

Le cœur ardent, jaune-orangé, correspond à Beriah : lumière intellectuelle et émotionnelle (Hokhmah-Bina). Chaleur révélatrice, elle illumine l’âme comme « נֵר לְרַגְלִי דְבָרֶךָ » (Ps 119:105), reliant l’homme à la Torah nocturne (Zohar Vayakhel).

4. Pointe blanche translucide (Atzilout : lumière divine pure)

La pointe blanche, éthérée et ascendante, symbolise Atzilout : Or Ein Sof pur, jaillissant vers l’Infini. Invisible presque, elle transcende la forme, comme « יְהִי אוֹר » (Gn 1:3), réservée aux justes et au Tikkoun Olam (Is 11:9).

Exercice 2

Méditation des Quatre Mondes de la Flamme

Installez-vous dans le calme face à une bougie allumée (ou visualisez celle de l’image précédente). Respirez profondément et laissez votre regard se fixer doucement sur la lumière.

Étape 1 : Assiah – L’Ancrage dans la Matière (La Base Noire)

  • Visualisation : Portez votre attention sur la mèche et la petite zone sombre juste au-dessus.
  • Méditation : Reconnaissez vos limites physiques, vos doutes et vos zones d’ombre. C’est ici que l’étincelle est captive.
  • Affirmation : « Même dans l’obscurité la plus dense, le potentiel de la lumière est présent. J’accepte ma part de matière comme le support nécessaire à l’élévation. »

Étape 2 : Yetzirah – Le Flux des Émotions (La Zone Bleue/Violette)

  • Visualisation : Remontez vers la fine auréole bleue qui entoure la base de la flamme.
  • Méditation : Ressentez vos émotions comme une eau qui circule. Visualisez cette lumière bleue comme un « vaisseau » (Keli) qui vient donner une forme saine à vos sentiments.
  • Affirmation : « Je transmue mes émotions en forces de construction. Je crée un espace en moi pour accueillir la clarté. »

Étape 3 : Beriah – L’Éveil de la Compréhension (Le Cœur Jaune-Orange)

  • Visualisation : Concentrez-vous sur la partie la plus large et la plus brillante, le corps jaune et chaud de la flamme.
  • Méditation : Ressentez la chaleur qui s’en dégage. C’est le monde de l’intellect pur et de l’âme qui cherche à comprendre. Laissez cette lumière dissiper les brouillards de votre esprit.
  • Affirmation : « Que ma pensée soit une source de chaleur et de guidance. Ma conscience s’éclaire au contact de la sagesse. »

Étape 4 : Atzilout – L’Union avec l’Infini (La Pointe Blanche)

  • Visualisation : Fixez le sommet de la flamme, là où elle devient presque invisible, translucide, se fondant dans l’air.
  • Méditation : Lâchez prise sur les mots et les formes. Imaginez votre conscience s’élever au-delà du « Moi » pour toucher l’unité (Or Ein Sof). C’est le silence après la prière.
  • Affirmation : « Je ne fais qu’un avec la source. Je rayonne la paix sans effort. »

Exercice 3

Méditation Kabbalistique : L’Unification par la Flamme

Visualisez la flamme devant vous. Chaque niveau devient une lettre du Nom, formant une échelle de lumière.

1. La Pointe Blanche (Atzilout) – La lettre Yod (י)

  • Symbolisme : Le Yod est un point, la semence originelle, le commencement de tout. Dans la flamme, c’est cette pointe invisible qui touche l’Infini.
  • Pratique : Focalisez-vous sur le sommet de la flamme. C’est le niveau de la Hokhmah (Sagesse pure). Faites le vide complet. Le Yod représente l’étincelle de conscience pure avant même qu’une pensée ne soit formée.

2. La Zone Jaune-Orangée (Beriah) – Le premier Hé (ה)

  • Symbolisme : Le représente l’expansion, la structure, la matrice. C’est le monde de la Binah (Compréhension).
  • Pratique : Observez la largeur du corps de la flamme. C’est ici que l’étincelle du Yod se développe en une lumière chaleureuse et compréhensible. Visualisez votre intellect s’élargir pour embrasser des concepts spirituels profonds.

3. La Zone Bleue-Violette (Yetzirah) – Le Vav (ו)

  • Symbolisme : Le Vav est un trait vertical, un canal qui relie le haut et le bas. Il représente les six émotions du cœur (Middot).
  • Pratique : Regardez cette lumière bleue qui gaine la mèche. Elle est le lien entre la chaleur d’en haut et la matière d’en bas. Ressentez vos émotions s’aligner et se canaliser vers un but sacré. Le Vav agit comme un stabilisateur pour que la flamme ne s’éteigne pas.

4. La Base Noire (Assiah) – Le second Hé (ה)

  • Symbolisme : Ce dernier est le réceptacle final, la manifestation concrète, la Malkhout (Royauté/Présence terrestre).
  • Pratique : Fixez la base sombre. C’est ici que la lumière « prend » sur la mèche physique. C’est le monde de l’action. Réalisez que sans cette base matérielle, la lumière ne pourrait pas résider dans ce monde. Le Nom divin s’achève ici pour sanctifier la matière.

L’Exercice d’Unification (Le Yihoud)

  1. Montée : Partez de la base noire (ה) et remontez mentalement chaque couche jusqu’à la pointe blanche (י).

Sentez votre être intérieur s’élever.

  • Descente : Une fois au sommet, faites redescendre l’énergie du Yod (י) à travers le Hé (ה) et le Vav (ו) jusqu’au Hé (ה) final.
  • Intégration : Visualisez le Nom complet (יהוה) brillant verticalement dans la flamme.

Exercice 4

Méditation du Pardes

1. Assiah – Le Pshat (Le Sens Littéral)

  • La Flamme : La base noire et la mèche (la matérialité concrète).
  • Le Pardès : Le Pshat est le corps du texte, l’histoire apparente, la loi appliquée. C’est la base nécessaire : sans texte (mèche), il n’y a pas de lumière.
  • Méditation : Pratique de la Hitbonnenout

2. Yetzirah – Le Remez (L’Allusion)

  • La Flamme : La zone bleue/violette (la formation des contours).
  • Le Pardès : Le Remez est ce qui est suggéré entre les lignes, les symboles et la guématrie. Comme le bleu de la flamme, il donne une première forme subtile au sens.
  • Méditation : Pratique de la Hitbonnenout

3. Beriah – Le Drash (L’Interprétation)

  • La Flamme : Le cœur jaune/orangé (la chaleur et l’éclat intellectuel).
  • Le Pardès : Le Drash est l’enquête, l’homélie, l’effort du cœur et de l’esprit pour extraire une leçon de vie. C’est là que la lumière devient « utile » et éclairante.
  • Méditation : Pratique de la Hitbonnenout

4. Atzilout – Le Sod (Le Secret)

  • La Flamme : La pointe blanche translucide (l’évanescence vers l’infini).
  • Le Pardès : Le Sod est la mystique, la Kabbale, la perception de l’unité divine derrière la multiplicité. C’est l’Or Ganouz (la lumière cachée).
  • Méditation : Pratique de la Hitbonnenout

Tableau de Synthèse pour votre pratique

Niveau FlammeMondeLettrePardèsDimension
Pointe BlancheAtziloutי (Yod)SodDivine / Unité
Cœur JauneBeriahה (Hé)DrashMentale / Concept
Halo BleuYetzirahו (Vav)RemezÉmotionnelle / Symbole
Base NoireAssiahה (Hé)PshatPhysique / Action

Hag Ourim Samea’h !

Haïm Ouizemann

Invitation au Campus Biblique

Venez découvrir cette lumière cachée à travers l’étude des textes bibliques en langue originale !

Rejoignez le Campus Biblique pour des cours hebdomadaires ou mensuel à partir de l’hébreu original guidés par Haïm Ouizemann. Plongez dans les versets sacrés, méditez leur structure, leur secret et la lumière qu’ils renferment.

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